La Joie de vivre, Henri Matisse

L’appétit, la douceur et la joie de vivre ou les nourritures terrestres


On nous a dit que février serait gris, alors nous nous sommes dit : Pardi ! ou plutôt Paradis ! Et si nous nous offrions en toute simplicité une abondance de « bon » ! Cela ne ferait de mal  à personne, et surtout pas à nous ni à ceux et celles que nous aimons. Car chacun sait que si la déprime  peut être contagieuse, l’expansion et la joie sont irrésistibles. Une preuve?

Les plus analytiques, ceux qui doutent de l’effet contagieux des émotions, trouveront ici un article intéressant. Pour les autres, voici la preuve que je préfère : la preuve métaphorique, un doux mélange de symbolique et poétique.

« Mieux vaut allumer une bougie que maudire l’obscurité » (Lao-Tseu)

Imaginez une pièce sombre et froide, résolument fermée et vide. Vous y entrez et, à tâtons, vous parvenez à allumer une chandelle. Déjà sa lumière fragile danse sur les murs et anime l’air. Encouragé·e par cette lueur, vous marchez alors vers la fenêtre, et remontez le lourd volet de bois. Dès le premier grincement, la lumière du soleil se précipite et inonde l’espace!

Il en va de même dans la chambre de notre cœur! Et quand elle déborde de lumière, sa plénitude se fait trop-plein et touche de sa grâce tous ceux et celles que nous croisons.

Qu’a-t-il fallu pour cela? Peu et beaucoup à la fois. Une petite décision (celle d’allumer la lumière) et beaucoup de courage (celui de pénétrer dans la chambre noire, de chercher à tâtons la chandelle et les allumettes, d’en craquer une au risque de se brûler…).

Quitter l’hiver, naître au printemps

spring danceL’hiver est propice aux gestations, introspections et même aux dépressions (et zou, un autre petit article pour ceux qui sont en mal de surf 😉 ).  Personnellement, plutôt que vouloir combler frénétiquement ce creux de vague naturel, qui s’inscrit dans les cycles de la vie, je préfère m’y abandonner, non par indolence ou masochisme, mais pour la joie de découvrir le bon (ou l’intention positive, diraient certains) dans chaque vague de l’océan de la vie.

Mais j’admets volontiers qu’y plonger sans connaître leur nature peut être diablement plus rock’n’roll que d’y descendre en sachant que l’ombre n’a pas d’existence ontologique : elle n’est qu’absence de lumière.

Alors, ça vous dit de vous préparer aux premières lueurs du printemps en ouvrant grand trois portes ?

Les nourritures terrestres

Les nourritures terrestres couvertureC’est une lecture qui m’a inspiré ce triple thème : Les nourritures terrestres, du grand André Gide. La densité du sens véhiculé par ses mots n’a d’égale pour moi que l’intensité des sens avec laquelle il nous invite à goûter l’expérience jubilatoire ultime : l’expérience de vivre, que nous appelons vivencia en Biodanza ! Son livre est pour moi, de la première à la dernière ligne, pure vivencia d’appétit et de satiété, de désir et de volupté, de douceur et d’exaltation… Et oui: je m’en nourris ces jours-ci, je m’en gave même 😉 !

Ce sont donc ses mots qui nous inviteront à nous couler dans chaque vivencia, tels des bras accueillants sur le pas de la porte, qui nous diraient « Viens, rentre donc te réchauffer à la maison, ton hiver fut beaucoup trop long : j’ai préparé pour toi des mets colorés et savoureux! »

Et moi je te dis : « Viens pousser ces 3 portes. Viens danser ! »

La porte de l’Appétit de vivre

« Nathanaël, que toute émotion sache te devenir une ivresse. Si ce que tu manges ne te grise pas, c’est que tu n’avais pas assez faim.*** Chaque action parfaite s’accompagne de volupté. A cela tu connais que tu devais la faire. Je n’aime point ceux qui se font un mérite d’avoir péniblement œuvré. Car si c’était pénible, ils auraient mieux fait de faire autre chose. « 

« Nos désirs ont déjà traversé bien des mondes ;
Ils ne se sont jamais rassasiés
Et la nature entière se tourmente,
Entre soif de repos et soif de volupté. »Nourritures terrestres raisins

« Tout ce que j’ai rencontré de rire sur les lèvres, j’ai voulu l’embrasser; de sang sur les joues, de larmes dans les yeux, j’ai voulu le boire; mordre à la pulpe de tous les fruits que vers moi penchèrent des branches. À chaque auberge me saluait une faim, devant chaque source m’attendait une soif – une soif, devant chacune, particulière. « 

La porte de la Douceur de vivre

« Il ne me suffit pas de lire que les sables des plages sont doux ; je veux que mes pieds nus le sentent… Toute connaissance que n’a pas précédée une sensation m’est inutile. »

« Je n’ai jamais rien vu de doucement beau dans ce monde sans désirer aussitôt que toute ma tendresse le touche. Amoureuse beauté de la terre, l’effloraison de ta surface est merveilleuse. »

douceur de vivre bain« À quoi reconnais-tu que le fruit est mûr ? – À ceci, qu’il quitte la branche. Tout mûrit pour le don et se parachève en offrande.
Ô fruit plein de saveur, qu’enveloppe la volupté, je sais qu’il te faut faire abandon de toi pour germer. Qu’elle meure donc ! Qu’elle meure, cette douceur autour de toi. Cette abondante chair exquise et sucrée, qu’elle meure ! Car elle appartient à la terre. […] C’est à la germination que prétend l’extrême succulence du fruit. « 

« Ne me dites pas trop que je dois aux événements mon bonheur […] Ne croyez pas que mon bonheur soit fait à l’aide de richesses ; […] Mon bonheur est fait de ferveur. À travers indistinctement toute chose, j’ai éperdument adoré. »

La porte de la Joie de vivre

« Le présent serait plein de tous les avenirs, si le passé n’y projetait déjà une histoire. »

« Redressez-vous donc, fronts courbés ! Regards inclinés vers les tombes, relevez-vous ! Levez-vous non vers le ciel creux, mais vers l’horizon de la terre. »

boire à la source eau« Toi qui viendras lorsque je n’entendrai plus les bruits de la terre et que mes lèvres ne boiront plus sa rosée — toi qui, plus tard, peut-être me liras — c’est pour toi que j’écris ces pages; car tu ne t’étonnes peut-être pas assez de vivre; tu n’admires pas comme il faudrait ce miracle étourdissant qu’est ta vie. »

« Saisis de chaque instant la nouveauté irressemblable et ne prépare pas tes joies, ou sache qu’en son lieu préparé tu surprendra une joie autre. […] Le rêve de demain est une joie, mais la joie de demain en est une autre, et rien heureusement ne ressemble au rêve qu’on s’en était fait; car c’est différemment que vaut chaque chose. »

« Une éparse joie baigne la terre, et que la terre exsude à l’appel du soleil […] Tout se prépare à l’organisation de la joie et que voici bientôt qui prend vie, qui palpite inconsidérément dans la feuille, qui prend nom, se divise et devient parfum dans la fleur, saveur dans le fruit, conscience et voix dans l’oiseau. […]

pingouin dansant de joieChaque animal n’est qu’un paquet de joie.

Tout aime d’être et tout être se réjouit. C’est de la joie que tu appelles fruit quand elle se fait succulence ; et, quand elle se fait chant, oiseau.

Que l’homme est né pour le bonheur, certes toute la nature l’enseigne. C’est l’effort vers la volupté qui fait germer la plante, emplit de miel la ruche, et le cœur humain de bonté. »

« Il y eut un temps où ma joie devint si grande, que je la voulus communiquer, enseigner à quelqu’un ce qui dans moi la faisait vivre. »

danser la vie***  Extraits de « Les Nourritures terrestres », d’André Gide. C’est nous qui mettons en exergue certains passages, et non l’auteur.

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