Moi, Dionysos… Poème vivenciel


Moi, Dionysos

Le dieu errant au bruyant cortège
Le dieu boiteux qui aime la chair crue
Je suis né deux fois
―du ventre de ma morte mère, de la cuisse de Jupiter, mon père―
Mais je suis mort bien plus encore
Et il est juste de dire que j’ai beaucoup souffert.

A la merci d’Héra et de ses ruses vengeresses
Je connus le même sort qu’Osiris
Démembré, rassemblé, ranimé.

La démence emporta mes parents d’adoption
Avant de me frapper.

Zeus, pour me protéger, me changea en chevreau.
Élevé par les nymphes, je connus la vie animale
Aussi crue que cruelle
Gambadant par monts et par vaux
En la folle compagnie des Ménades et des Satyres
Je découvris la vigne puis parcourus le monde
Pour enseigner aux hommes
L’art de faire du vin
Et de se perdre dans l’ivresse.

Moi, Dionysos, Dieu de la grappe
En vérité, je vous le dis
Pour se trouver, il faut se perdre
Se dissoudre dans la danse,
L’ivresse délirante, la musique et la transe.

Apollon vous a enseigné la lumière
La beauté, l’harmonie, la mesure parfaite.
Ce rêve apollinien n’est qu’un voile posé sur la réalité.

Moi, Dionysos, l’étrange, l’étranger,
Celui qui dérange
Je vous dis : tout ce qui vit est double
La vie est ambiguïté, osez la démesure
Joignez vos opposés
Sentez monter du fond de vos entrailles
L’appel puissant des forces sauvages
Laissez les flots de votre nature primordiale
Vous emporter, vous transporter
Abolir votre identité dans l’océan de participation universelle.

La vie est plus forte que votre petit moi
Elle est sagesse, régénération éternelle.
Qui n’a pas connu la fusion
Demeure dans la confusion.

Ainsi de ceux qui maudissent l’ivresse
Et la disent vulgaire.
L’ivresse est sacrée, elle est la porte vers l’extase suprême
De même l’orgie que je vous enseigne
N’est ni débauche, ni laisser-aller
Elle vous reconnecte aux forces du chaos
A la vie originelle.
L’orgie mystique vous initie aux secrets de la nature
Minérale, végétale, humaine ou animale.

La nature est divine
Voilà mon doux secret.

En voici un autre :
Plongez dans vos extrêmes
Seul celui qui va au fond de sa souffrance
Connaîtra les sommets du plaisir.

Point de sagesse sans traversée de la folie.

Point de divinité
A celui qui renie
Son animalité.

Véronica

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