Echelle évolutive du lien - Photo Valu Ribeiro

L’échelle évolutive des liens humains, selon Rolando Toro


Je suis pleinement humain parce que je ne suis pas seul. Ai-je accès à la conscience de moi sans l’autre ? L’autre sans qui je ne serais pas grand chose… L’identité exige de se confronter à la différence, nourriture irremplaçable pour assurer la pérennité de notre cheminement. Le mien et celui de l’autre.

Rolando Toro AranedaRolando Toro, le créateur de la Biodanza, voulait penser l’évolution humaine en se basant sur l’évolution de l’essentiel en l’homme, càd sa capacité à entrer en lien avec les autres. Cela va depuis les personnes ayant peu ou pas d’humanité, incapables d’établir des liens autres que violents, jusqu’aux personnes qui ont un amour infini et peuvent établir des liens profonds, de cœur à cœur.

Voyons cette échelle de façon synthétique, telle que nous la présentait Rolando Toro au 8ème Congrès Mondial de Biodanza, à Venise, deux ans avant sa mort, en 2008.

Les niveaux inférieurs de l’échelle

1. Les psychopathes

Hiroshima DestructionAu niveau le plus bas de cette échelle, serait le psychopathe.

Celui-ci se caractérise par une déformation affective très grave : une dissociation complète entre une grande intelligence et une absence totale d’émotions. Pour lui, la vie de l’autre est quelque chose de jetable. Il jouit de la souffrance de l’autre. Rolando comptait au nombre des psychopathes les chefs d’états responsables de guerres et autres exterminations, tous les leaders politiques ou religieux capables d’exactions et violences à l’égard de ceux qui pensent différemment.

2. Les sadomasochistes et ségrégationnistes

RacismeAux échelons juste au-dessus se trouveraient d’abord le sadomasochiste, qui ne trouve le plaisir qu’en donnant de la souffrance ou en la recevant, et ensuite les xénophobes et discriminateurs de tous poils. La discrimination est une pathologie très grave qui nous affecte au quotidien. On trouve parmi eux les machistes, émanation de la société patriarcale, capables de maltraiter et disqualifier les femmes, se sentant supérieurs à elles.

Un peu plus haut viennent…

3. … Les individualistesIndividualisme

L’individualiste pense en premier lieu à lui. En deuxième lieu à lui et en troisième lieu à lui. Les autres n’ont qu’à se débrouiller. Les individualistes se pensent autonomes, n’ayant pas besoin des autres et ne ils ne se lient donc pas véritablement avec les autres. Quelle grave ignorance ! La science nous montre en effet que, si nous pouvions les matérialiser, nous verrions les milliers de fils qui nous relient les uns aux autres. Au niveau mondial, l’individualisme amène la destruction systématique et stupide de la nature.

Misanthropes4. Les misanthropes

Selon Rolando, l’échelon suivant serait le misanthrope, le sociophobe, celui qui fuit le contact avec les autres. Il ne fait pas grand mal aux autres car il s’isole. Dans un cas extrême, on pourrait le diagnostiquer comme solipsiste (qui fait l’apologie de la solitude et de l’isolement).

5. Le personnalisme

PersonaLe personnalisme vient juste après. La personnalité est, étymologiquement, la capacité de certains êtres humains de « faire résonner leur voix à travers le masque » (per-sona). Ici l’individu « se fait entendre » par sa capacité de représenter un personnage. Il est davantage en représentation de lui-même que véritablement en lien. Il ne se perçoit pas comme faisant partie du Cosmos ou de la nature, mais se place face à eux.

Les niveaux moyens de l’échelle

6. La priorité au « Nous » et au dialogue

Ensuite, nous avons la conception du philosophe Martin Buber qui dit que ce n’est pas le « Je » qui est important, mais le « Nous ». C’est l’être relationnel. Le dialogue authentique est la porte du « Nous ». La présence de l’autre peut modifier mon fonctionnement sur plusieurs niveaux, tant organiques qu’existentiels.

Cette ouverture représente une avancée importante dans l’échelle évolutive du lien humain.

7. La croissance réciproque d’identité à identité

Grandir par nos différencesComplétant cette vision, vient ensuite la relation d’identité à identité selon Piaget : l’identité, càd ce que nous sommes, ne fonctionne qu’en relation avec l’autre. Elle se met à l’épreuve et s’enrichit face à l’autre. « Je » ne prends sens que dans l’échange avec « toi ». Selon lui, ce n’est que dans le rapport à l’autre que l’être humain peut grandir. L’ « Autre » est indispensable pour l’expression réciproque des potentiels. Les systèmes solipsistes n’ont pas d’effets sur la croissance existentielle.

8. L’empathie

Au-dessus, nous avons l’empathie, la relation empathique. Partager, comprendre les préoccupations, les douleurs, les joies, les sentiments de l’autre. Saisir les références internes de l’autre. Ceci est source de connaissance pour soi-même et pour l’autre qui se sent totalement compris.Empathie

On sait aujourd’hui que l’empathie est fortement en relation avec les neurones miroirs, elle constitue une forme de résonance neurologique qui peut se cultiver par une éducation adéquate.  L’altruisme peut découler de l’empathie.

Mais quelque chose dans l’empathie est encore asymétrique : moi, doué de compassion, je peux me mettre à ta place, toi le souffrant.

Les niveaux supérieurs de l’échelle

9. L’amitié

Amitié Le niveau suivant, la relation d’amitié, atteint quant à elle la symétrie et la réciprocité qui manquent à l’altruisme.  Elle consiste à pouvoir élire certaines relations où nous allons offrir davantage d’aide, de soutien, avec un haut niveau de lien. L’amitié peut être merveilleuse : elle est fidèle, pleine d’amour pour l’autre, désintéressée.

10. L’amour

Epiphanie de la rencontreEt finalement, l’amour : amour différencié, pour une personne, ou un groupe particulier de personnes (famille, enfants,…) ou indifférencié, pour l’humanité. L’amour épiphanique ou épiphanie de la rencontre, pour reprendre l’expression d’Emmanuel Levinas, est la plus haute forme d’amour entre êtres humains : lorsque deux personnes arrivent à unifier le sacré de l’un avec celui de l’autre, une union d’âme à âme, de cœur à cœur. C’est un lien réciproque avec l’Autre-Infini.

L’échelon suprême serait l’amour infini, la personne amoureuse en permanence et infiniment de tout (personnes, oiseaux, rivières, temps, vie, êtres….). C’est une disposition onto-cosmologique qu’il est rare d’atteindre dans une existence humaine, une intégration parfaite entre l’individu et tout ce qui vit.

Notons que cette échelle évolutive est non linéaire, et que l’on peut bien entendu se trouver sur différents niveaux simultanément.

Rolando Toro considère qu’à partir de Martin Buber et du « Nous », les personnes expriment des caractéristiques humaines essentielles. Le progrès des relations entre les hommes commence à ce niveau. Les cinq premiers échelons sont dissociés et hautement destructeurs, alors que les suivants sont intégrateurs.

La proposition de la Biodanza® est de permettre aux personnes de gravir ces échelons vers le niveau le plus élevé de lien, si possible jusqu’à la rencontre épiphanique. Elle stimule donc par sa méthodologie les niveaux de liens intégrateurs.

C’est tout le propos de l’intelligence affective : mettre l’intelligence au service de l’amour.

Voilà pourquoi la Biodanza est appelée « la poétique de la rencontre humaine ».

Elle nous invite à nous relier avec tendresse et solidarité, à semer les semences d’un monde nouveau, d’un monde où les personnes se respectent et n’entrent pas en compétition et peuvent s’aimer. Un monde où tout le monde a accès à l’amour : les enfants, les jeunes, les adultes, les vieux, les malades comme les bien-portants…

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Note : cet article a été rédigé à partir du texte de Rolando Toro Araneda « L’échelle évolutive des niveaux de liens humains » et de notes prises par nous lors de sa conférence au 8ème Congrès Mondial de Biodanza de Venise en 2008.

 

 

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